Agra se situe à quelque cinq heures de route (ou trois heures de train express) de Delhi. La route à quatre voies est plutôt bonne. Elle constitue cependant, pour le visiteur qui débarque (si on en fait la première étape d'un périple), une initiation à la route indienne : charrettes lourdement chargées, camions puants, pétaradants, hauts en couleurs, forts en klaxson, véhicules roulant à contre-sens, sans compter les faubourgs interminables pour sortir de Delhi.
Achevé en 1648 après 17 années d'efforts qui saignèrent les finances du royaume, le Taj Mahal fut bâti sur la rive sud de la Yamuna par l'empereur Shah Jahan à la mémoire de son épouse défunte Mumtaz Mahal. L'histoire raconte que c'est en donnant naissance à son quatorzième enfant que la jeune femme (déjà on se mariait jeune à l'époque) succomba. L'empereur fut inconsolable. Lorsque le mausolée fut terminé, il envisagea d'en faire construire un autre pour lui-même, tout de marbre noir, sur l'autre rive de la Yamuna, qui aurait été relié au Taj Mahal par un pont de marbre jeté en travers de la rivière...
Ce projet mégalomaniaque fut cependant contrarié et annulé. En effet, le fils de Shah Jahan, le futur empereur Aurangzeb, détrôna son père et l'emprisonna au Fort Rouge. De là, il pouvait voir le Taj Mahal où reposait sa bien-aimée. Il y resta huit années avant de mourir.
Aurangzeb devait ensuite s'illustrer par une conception fanatique de l'Islam (contrairement aux empereurs Moghols qui l'avaient précédé) et par des campagnes massives de destructions de temples hindous, dont l'Inde souffre encore aujourd'hui, tellement le patrimoine perdu fut énorme. Mais ceci est une autre histoire.
On ne peut s'approcher du Taj Mahal qu'à pied ou en cyclo-pousse. Les voitures sont interdites. Ce n'est qu'après avoir franchi une porte monumentale, un chef-d'oeuvre de grès rouge et de marbre blanc, surmontée de deux séries de onze clochetons et quatre petits pavillons flanquant chacun des angles, que l'on pénètre dans les immenses jardins à la moghole. Au fond d'une superbe perspective, se dresse le Taj Mahal, surélevé sur son socle quadrangulaire.
On peut décrire le Taj Mahal, mais je pense que rien ne remplace de le voir. Selon l'heure de la journé et l'éclairage, il apparaît différent : tout blanc, éclatant, bleuté, rose...
Vous l'avez compris : le Taj Mahal mérite plusieurs visites !
Les hautes murailles massives de grès rose du Fort Rouge dominent la rivière Yamuna. Ce fort abrite des palais, dont surtout celui de Jahangir, une immense salle des audiences publiques du souverain, des jardins ornés de bassins et des mosquées.
Fondé par l'empereur Akbar, il marque la naissance du style impérial moghol, fusion de l'art timouride avec la tradition architecturale hindo-musulmane prémoghole.
La partie du fort où l'empereur Shah Jahan fut enfermé par son troisième fils, Aurangzeb, se nomme le Musammam Burj. Ce sont d'élégants pavillons de marbre blanc. De ce lieu de réclusion, Shah Jahan pouvait contempler le Taj Mahal, tombeau de son épouse bien-aimée, Mumtaz Mahal.
Une troisième visite s'impose à Agra, mais il faut franchir la rivière Yamuna et la circulation sur le pont d'accès peut prendre du temps... Il s'agit du mausolée d'Itimad-ud-Daulah : érigé par Nur Jahan, épouse poétesse de l'empereur Jahangir, en mémoire de son père Mirza Ghias Beg. C'est un beau bâtiment de marbre blanc, aux délicates ornementations de marqueterie de pierres semi-précieuses. Ses dimensions n'ont rien de gigantesque et il s'élève dans un joli jardin près de la rivière.
Sikandra
le tombeau de l'empereur Akbar. C'est un haut mausolée qui marie avec bonheur le grès rouge et le marbre blanc. On remarquera l'utilisation du motif du lotus, car l'empereur Akbar, bien que musulman, professait une large tolérance religieuse et invitait à sa cour des représentants des diverses croyances. Il fonda une religion de syncrétisme entre l'hindouisme et l'islam, qui ne devait pas lui survivre.