Sanchi

Sanchi

Vue générale du Stupa 1, SanchiSanchi est un site bouddhique. C'est rare en Inde, bien que ce pays soit la patrie du bouddhisme. Dans les siècles qui suivirent le Bouddha , cette religion connut une expansion spectaculaire grâce, en particulier, à l'empereur Ashoka, au 3ème siècle avant notre ère, qui s'était converti au bouddhisme et en avait fait la religion d'Etat de son immense empire. En fait, le bouddhisme prospéra jusque vers la fin du premier millénaire. Mais l'Islam, nouveau venu sur la scène politique et religieuse du pays, devait, par des destructions massives, porter un coup fatal au bouddhisme indien. Cette évolution arrangeait d'ailleurs les religieux hindous qui n'avaient jamais accepté les doctrines bouddhistes, qu'ils considéraient comme hérétiques par rapport à l'autorité des Veda  les Ecritures Sacrées, fondement de l'hindouisme .

Nymphe des bois, Stupa 1, SanchiLes centres de formation des religieux du bouddhisme, comme Nalanda, concentrés dans le Bihar et les régions avoisinantes (l'antique empire de Maghada où le Bouddha vit le jour, dans la ville de Lumbini - maintenant en territoire Népalais, non loin de la frontière), disparurent avec les attaques musulmanes. La suppression de moines formés devait entraîner rapidement le déclin du bouddhisme dans la société.

Les sites auparavant prestigieux se trouvèrent à l'abandon. Les pierres des bâtiments furent pillées par les gens alentour pour construire d'autres bâtisses, selon une technique classique de remploi des matériaux disponibles...

Naissance du Bouddha, Stupa 1, SanchiContrairement à beaucoup d'autres sites bouddhiques, en fait ceux situés plus au nord-est, Sanchi ne connut jamais la visite du Bouddha. C'est cependant en ce lieu que furent édifiés monastères et stupa  dont la présence et l'influence spirituelles perdurèrent environ treize siècles avant de disparaître à jamais. C'est en effet l'empereur Ashoka , déjà cité, qui fit construire sur cette colline, le premier stupa. On s'accorde cependant à reconnaître que le stupa 1 date de la dynastie Shunga (2ème siècle avant notre ère) et qu'il recouvrit le monument érigé par Ashoka.

Ce n'est qu'au 19ème siècle que des soldats britanniques redécouvrirent ce site, comme ils le firent pour bien d'autres vestiges anciens dans toute l'Inde. Comme toujours aussi, leurs premières interventions furent plus de détruire que de restaurer et il fallut attendre le début du 20ème siècle pour que l'on songe à la valeur patrimoniale inouie de ces ruines.

Sanchi est une colline isolée, près d'un petit village, à une cinquantaine de km seulement de Bhopal, la capitale de l'Etat du Madhya Pradesh, mais l'on se croirait à mille lieux de tout, dans un endroit reposant, paisible, comme si l'esprit du Bouddha imprégnait encore toutes choses de Sa Félicité. La force vivante du bouddhisme se sent à Bodhgaya (Bihar), car des milliers de pèlerins s'y rendent à longueur d'années. Ici, rien de semblable : c'est la subtilité de l'Esprit résidant en ces lieux que l'on ressent.

Torana Est, Stupa 1, SanchiLes monuments principaux, aisés à découvrir et à visiter sont le stupa 1, le chef d'oeuvre, le stupa 2, le stupa 3, les temples 17 et 18 et le monastère 45. Il faut prendre son temps pour prendre conscience de l'harmonie des formes, pour découvrir les détails des innombrables décors gravés sur les superbes pierres beige ocre des torana  ou des balustrades.

Plutôt que d'arides descriptions des scènes illustrant les pierres des monuments, nous vous convierons à une promenade photographique commentée. Avant de débuter, il n'est pas inutile de se remémorer les indications suivantes :

Lion assis sur torana, Stupa 1, Sanchi

Udayagiri

On ne quittera pas Sanchi, malgré le plaisir que l'on aurait à y séjourner davantage, sans visiter l'étonnant site rupestre d'Udayagiri, qui ne se trouve qu'à une quinzaine de km.

Colonne d'Heliodore, VidishaSur la route, peu après la traversée de la poussiéreuse bourgade de Vidisha, une cité antique qui ne semble pas avoir conservé grand chose de son passé, on fera un court crochet pour voir la colonne d'Héliodore, datant de 90 avant JC. Il ne s'agit aucunement de l'une de ces colonnes d'Ashoka comme on en voit ailleurs, mais d'une colonne commémorative de la visite d'un ambassadeur de Taxila, du royaume de Gandhara (Pakistan/Afghanistan). Autrefois, une statue de Garuda surmontait cette colonne, rappelant la conversion d'Heliodore à l'hindouisme.

Les grottes d'Udayagiri furent excavées du flanc d'une colline rocheuse vers le 5ème siècle, c'est à dire à l'époque du royaume Gupta . Elles servirent aux cultes Jains  et Hindous. Les grottes Jains sont situées presque en haut de la colline, au-dessus du parking. Un bon escalier y mène. Deux statues de Tirthankara demeurent.

Vishnu sous sa forme de Varâha le Sanglier sauve la TerreEn pied de colline, un peu plus loin, on arrive aux grottes hindoues. La plus célèbre est la grotte 5, remarquable par une gigantesque représentation de Varâha , l'incarnation de Vishnu  sous la forme d'un sanglier remontant sur son boutoir la belle déesse Terre qu'un affreux démon avait entraînée au fond de l'Océan. Un peu plus haut, sur la gauche, la grotte 13 garde une belle représentation de Vishnu couché sur les anneaux du Serpent Shesha  entre deux Créations du Monde. D'autres grottes sont rapidement visitées : la 4 abrite un intéressant Lingam  de Shiva  montrant le visage du Dieu, la 6 un rustique relief de Ganesh  à deux bras seulement, comme c'est le cas des images anciennes de ce Dieu.

Udayapur

Temple de Nilakanteshvar, UdayapurIl faut être motivé et informé pour se rendre à Udayapur, à quelque trois heures au nord de Sanchi par une route pénible (ou par train via Basoda puis bus). Mais là, quel choc ! La récompense d'un temple magnifique, en excellent état, planté de façon inattendue depuis le 12 ème siècle au milieu d'un village. On y vient de loin en pèlerinage, à ce temple de Nilakanteshvar (=Udayeshwar), un autre nom pour désigner le Seigneur Shiva que l'on vénère ici.

Le temple se voit de loin et l'on s'en approche par une ruelle étroite et pentue qu'une jeep seulement peut grimper. La porte d'entrée est monumentale. La franchissant, on débouche dans une immense cour pavée de grandes plaques irrégulières de grès d'un rouge violine. Cette cour est enceinte d'une balustrade aux éléments ornés de motifs géométriques Au milieu de la cour, se dresse, immense et imposant, avec sa shikhara  élancée, le temple de grès rouge sombre, lui aussi.

Les éléments architecturaux sont soulignés par les statues de divinités placées dans des niches étagées sur plusieurs niveaux.

La partie basse de la shikhara adopte un plan étoilé avec saillants et rentrants tellement serrés que l'on ne peut qu'entrevoir les statues situées dans les rentrants.

Il parait que c'est l'un des plus beaux shikhara (tour curviligne des temples) de l'Inde du nord. En tout cas, une fort belle excursion qui, combinée avec Gyraspur (voir plus loin), demande la journée.

Gyraspur

Paysage près de GyraspurSitué entre Vidisha et Sagar sur une médiocre route, la bourgade de Sagar se caractérise, pour le visiteur amateur de vieilles pierres, par deux temples : le temple de Mala Devi, sur la colline, aux toits envahis par des troupes de singes, et le temple de Bajramath à la sortie du village.

Le premier, malgré son nom, fut dévolu au culte Jain : on aperçoit une statue de Tirthankara par la porte fermée. Le temple se dresse à flanc de falaise, dans un beau site dominant la vallée. Le grès rouge de la construction a noirci au fil du temps, comme calciné par le soleil qui ici, tape dur. On remarquera surtout les motifs architrecturaux des fausses fenêtres extérieures, dites fenêtres chaitya .

Le second temple, à la sortie du village vers Vidisha, est le temple de Bajramath (10 ème siècle). Il a été restauré correctement il y a quelques années. C'est un temple hindou à triple cella, qui fut reconverti au culte Jain.

Dans le village, on notera un petit enclos où sont rassemblées quelques statues (voir un linteau des Planètes et un grand Ganesh debout de couleur rosée...).