Le Shekavati

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Les haveli sont souvent dans un état général dégradé, 
mais gardent encore de magnifiques peintures muralesLe Shekhawati est la région du Rajasthan située au nord de Jaipur. Le paysage est constitué d'une savane sèche à acacias, mais néanmoins largement cultivée, surtout depuis que des facilités d'irrigation se sont développées au cours des dernières décennies.

Les bourgades sont dispersées et rien, dans leur aspect général, plutôt décrépit, ne laisse présager la présence de maisons magnifiquement décorées au détour de ruelles poussiéreuses, trésors rescapés de l'époque aisée que connut cette région entre le milieu du 18 ème et le début du 20 ème siècle.

C'est dans ces bourgs cernés par les dunes de sable, que l'on trouve en effet les haveli  Ce sont des manoirs bourgeois de la fin du 19 ème et du début du 20 ème siècle. Ils appartenaient à de riches marchands, les Marwari (le Marwar est la région semi-désertique du Rajasthan) qui avaient fondé leur puissance économique, dans les siècles passés, sur le commerce caravanier, parfois contrebandier, entre l'Inde du nord et ses régions occidentales (l'actuel Pakistan).

En témoignage de leur opulence, ils rivalisaient pour faire construire dans leur région d'origine, le Shekavati, au nord de Jaïpur, ces grandes et belles demeures.

Fresque peinte dans une haveli, représentant le dieu 
GaneshC'étaient souvent de vrais petits palais. Leurs murs intérieurs comme extérieurs sont ornés de fresques peintes dont les motifs hauts en couleurs représentent des scènes d'épopées mythiques, par exemple la geste de Krishna  ou encore divers dieux et déesses : Lakshmî , déesse de la richesse, Sarasvatî  déesse des arts, Ganesh  avec ses parents, ou accompagné de ses épouses, etc.

La déesse Lakshmi, ondoyée par des éléphants; Singhania Haveli, Ramgarh On rencontre également des sujets laïques suggérant le modernisme de ces riches bourgeois : des européens, l'automobile au début des années 1900, le téléphone, le chemin de fer, la machine volante des frères Wright, etc.

Ces fresques peintes, appelées "chitera" étaient réalisées par des artisans de la caste des kumbhar (potiers) ou des cheraja (maçons), lorsque cette corporation assumait simultanément construction et décoration de la haveli.

Ils utilisaient des pigments essentiellement végétaux : noir de fumée (kajal) pour le noir, chaux (safeda) pour le blanc, indigo (neel) pour le bleu, safran (kesar) pour l'orange,,et diverses argiles de couleur pour le vert (harabhata), le rouge (geru), l'ocre jaune (pevri).

Ces colorants mélangés à l'eau de chaux, étaient ensuite mixés avec du plâtre. On enduisait au préalable le mur de trois fines couches successives d'argile, la dernière étant constituée d'une poussière de chaux filtrée, sur laquelle l'artiste traçait les dessins et les peignait avant qu'elle ne fut sèche.

En fait, dès la fin du 19 ème siècle, on importa d'Allemagne et de Grande Bretagne des colorants minéraux qui permettaient l'exécution de motifs plus complexes, et surtout le dessin sur un mur sec.

Mais progressivement, les propriétaires de ces maisons de maître sont partis vers des centres urbains (Bombay, Calcutta) où se développait l'activité économique et commerciale. Les haveli, progressivement abandonnées, se sont dégradées au fil du temps, sans que des efforts de conservation des peintures naïves aient été entrepris.

Cependant, on peut visiter à Nawalgar une haveli magnifiquement restaurée et transformée en école. Elle permet de se faire une bonne idée de ce qu'étaient les fresques à l'origine, dans l'éclat de leurs vives couleurs.

Mais la plupart des haveli ne sont plus habitées que par des gardiens, en général accueillants pour le visiteur de passage qui vient admirer ce patrimoine original et laisse un petit témoignage de sa sympathie...